Le chemin : la montée du Carmel

La logique de saint Jean de la Croix, ou plutôt sa cohérence, est grande. Il nous dit : si je crois que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, cela veut dire que je ne peux me réaliser en dehors de la Vérité et de l’Amour. Tout ce qui leur est contraire attente contre ma véritable humanité.

Or, l’expérience me montre que cette identité profonde est en moi très blessée par le péché. « Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir : puisque je ne fais as le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. […] Malheureux homme que je suis ! » (Rom 7, 18-19. 24). J’ai besoin d’être re-créé, de faire place en moi à l’homme nouveau. Comment faire ?

En m’unissant au Christ, le Nouvel Adam. Cela signifie une vivante mort en Croix de l’homme pécheur que je suis. Mourir à mon égocentrisme, à mon insolidarité. Détruire les fausses images de Dieu et de moi-même que j’entretiens et qui s’opposent à la vérité. Adhérer au Christ dans sa Passion, « le plus grand délaissement spirituel qu’il eût éprouvé dans toute sa vie, […] lui-même demeurant anéanti et comme réduit à rien. […] Tout cela s’est fait afin que le vrai spirituel eût l’intelligence du mystère du Christ, porte et voie pour nous unir à Dieu » (2 Montée, ch. 7).

Cette re-création, cette gestation de l’enfant de Dieu que je suis en puissance, c’est ce que Jean de la Croix appelle « purification », « nuit », « montée du Carmel ». Période douloureuse et déconcertante ; qui est en réalité le revers de la transformation opérée par l’Amour. En ces périodes de crise, Jean de la Croix est un accompagnateur exceptionnel. « Si je me suis décidé à écrire […] c’est uniquement parce que j’espère de la bonté du Seigneur qu’il m’aidera à dire quelque chose pour répondre aux besoins d’un grand nombre d’âmes, […] afin de les amener à comprendre leur état ou du moins à se laisser conduire par Dieu » (Prologue de la Montée du Carmel).

Ce chemin difficile est de fait un chemin de libération. Pour les saints du Carmel, la liberté ne se trouve pas au point de départ, comme nous l’imaginons souvent. Au contraire, disent-ils, nous nous mettons en marche lourdement hypothéqués par le péché. C’est la vérité, c’est l’amour de Dieu qui nous libère : « oui, l’amour est ‘extase’, non pas dans le sens d’un moment d’ivresse, mais de chemin, d’exode permanent allant du ‘je’ enfermé sur lui-même vers la libération dans le don de soi » (Dieu est Amour nº 6 – Benoît XVI).